Un état spontané

S
i la vie est un art, le corps, mon "si proche", en est l’instrument. Loin d’être cette mécanique plus ou moins bien huilée, esclave de ma pensée, à quoi je le réduis souvent, il est la caisse de résonance de toute perception, sensation, émotion et pensée qui s’y présentent.

Accordé, mon instrument frémit. Il accueille spontanément tout ce qui l’effleure, laisse s’en déployer l’écho en accords vibrants qui finissent par se résorber dans le silence. Un silence plein de vie.

Le plus souvent, l’instrument est désaccordé, c’est à dire encombré de tensions qui, nées de mon psychisme, s’engramment dans ses muscles, ses articulations, ses organes… Ainsi opacifié, il oppose sa raideur aux sollicitations du monde comme à celles de l’âme. Il perd son aptitude naturelle à enrichir de sa voix le chant de l’existence.

A moins que…

A moins que je ne l’écoute ?

Qu’est-ce qui se passe lorsque j’écoute mon corps sans savoir, sans vouloir ? Lorsque, oublieux des jugements, interdits et autres comparaisons qui l’ont – et m’ont – tant violenté, je le laisse m’apparaître, dans l’instant, tel qu’il est – je me laisse m’apparaître… Et ce, à chaque instant, dans l’esquisse d’un geste comme dans l’immobilité, dans l’afflux d’une émotion, la naissance d’une pensée comme dans la plus intense quiétude.

Se pourrait-il que la myriade de cellules, d’atomes, de particules visibles et invisibles, vieilles comme l’univers, qui constituent mon corps aient quelque chose à me dire ? Se pourrait-il, même, qu’il suffise d’écouter sans savoir, sans vouloir, pour commencer de capter leur message ?...

Ce serait quelque chose comme un état spontané, intuitif, de l’être présent à chaque instant, plutôt que mon état réflexif habituel qui, lui, ne cesse d’anticiper…

Mystère de l’écoute

A
l’écoute du corps, espace infini du dedans, le Yoga du Cachemire ouvre l’accès aux dimensions les plus vastes et silencieuses de l’être.

M
éditation en mouvement portée par une riche palette d’évocations visuelles, tactiles et autres, cette approche corporelle douce aborde les postures et le souffle, non par le vouloir, mais par la sensibilité, le non-effort, la fluidité du "laisser être". Dans cette attention libre d’intention, la densité, fixité, pesanteur du corps peu à peu se dévoilent comme espace, lumière, légèreté…

Mystère de l’écoute quand elle n’attend rien : au cœur de la tension apparaît la détente, au cœur de l’immobilité, le mouvement, au cœur du feu d’artifice sensoriel, le silence.

Comment décrire l’instant improbable où un plancher de résistance s’effondre et où je me retrouve, privée de références, dans un espace de détente jusque là inexploré ? Ou l’explosion de la verticalité lorsqu’au retour d’une pose elle me saisit ? Ou la texture de l’espace lorsque mon corps s’y dilate, celle du sol sous mes pieds quand il en vient à se dissoudre ?… L’expérience est indescriptible. Et chacune est unique.

Pour chacun selon sa nature, et selon sa disponibilité de l’instant, la réorchestration des énergies prend sa forme propre… C’est toujours la première fois. C’est toujours la dernière. Hier et demain s’effondrent dans le silence d’un "éternel présent".

Et ensuite ?

A
u sortir de la séance, l’énergie est harmonisée, l’instrument est (mieux) accordé. L’impression sensorielle est encore vive de la note juste, du geste fluide lorsque j’écoute l’instant tel qu’il est, non tel que je voudrais qu’il soit.

Cette écoute intuitive, à la fois bienveillante et créatrice, se transpose du tapis à la vie quotidienne. Par elle je commence à percevoir ce qui se présente à moi plutôt que la représentation que j’en ai. Par elle je commence à agir depuis cet espace d’accueil, à interagir librement, plutôt qu’à réagir.

Dans cet état spontané, intuitif, mon corps-psychisme épouse les divers rythmes de la vie quotidienne… Le stress s’effondre dans la Présence silencieuse…

Retrouvailles avec l’émerveillement spontané d’être au monde, d’instant en instant.



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